La myopie est un trouble de la vision qui se caractérise par une vision nette de près, mais une vision floue de loin. En France, ce trouble de la vision touche environ 40 % de la population, tandis qu’à Taïwan, on estime que 75% de la population serait concernée. Le développement de la myopie est décrit aujourd’hui comme un enjeu de santé publique majeur. Existe-t-il une technique pour ralentir le développement de la myopie ? Peut-on stopper la myopie ?

Comment évolue la myopie ?

La myopie apparaît généralement à l’enfance et évolue jusqu’au début de l’âge adulte.  Une myopie faible est généralement stable vers l’âge de 20 à 22 ans, alors qu’une myopie forte se stabilisera plus tard, à l’âge de 25 à 30 ans. On parle de stabilité de la myopie lorsqu’elle n’est plus évolutive depuis deux années.

Il existe plusieurs méthodes pour corriger la myopie : les lunettes, les lentilles de contact, mais aussi la chirurgie réfractive. La chirurgie réfractive permet de corriger de manière définitive la vision des patients myopes. Cependant, pour être opérée, la myopie doit être stabilisée.

Les causes de l’apparition de la myopie peuvent être diverses. Outre le facteur génétique, l’évolution de la myopie peut être accentuée par l’exposition aux écrans et le temps passé à lire. Dès 2008, une étude australienne mettait en évidence le fait que les enfants pratiquant régulièrement des activités sollicitant la vision de près avaient trois fois plus de chance d’être myopes que ceux qui pratiquent beaucoup d’activités de plein air.

Les complications oculaires liées à la myopie sont nombreuses. En effet, la myopie fragilise l’œil et peut provoquer l’apparition de pathologies de la cornée telles que le déchirement de la rétine, le glaucome ou encore la cataracte.

Peut-on ralentir la myopie ?

Bien qu’il n’existe aucune méthode pour stopper la progression de la myopie, plusieurs techniques ont été proposées pour tenter de la ralentir. Cependant, toutes les techniques ne présentent pas le même succès. À ce jour, des études récentes laissent supposer que l’orthokératologie, le port de lentilles bifocales et l’administration de collyre à l’atropine pourraient ralentir la myopie.

Qu’est-ce que l’orthokératologie ?

L’orthokératologie est une technique de correction médicale de la myopie, qui consiste à porter des lentilles rigides la nuit. La lentille rigide est fabriquée sur-mesure et posée sur l’œil durant la nuit pour aplanir légèrement la cornée et compresser mécaniquement certaines cellules. Les lentilles rigides se portent comme des lentilles de contact classiques.

L’orthokératologie est-elle efficace pour ralentir la myopie ?

Oui, l’orthokératologie est efficace pour ralentir la myopie. Cependant, son efficacité est limitée aux myopies faibles, car il n’est pas possible d’aplatir le centre de la cornée au delà d’une certaine limite. Chez l’enfant et l’adolescent, l’orthokératologie peut être une technique intéressante. En effet, les enfants et les adolescents présentent une myopie faible, mais progressive et ne peuvent donc pas bénéficier d’une chirurgie réfractive. Toutefois, l’orthokératologie expose à des contraintes et des risques infectieux liés au port nocturne de lentilles de contact.

Ralentir la myopie : quel est l’intérêt des lentilles bifocales ?

Les lentilles de contact bifocales sont indiquées pour la correction de la myopie et de la presbytie chez les personnes âgées de plus de 40 ans. L’intérêt des lentilles bifocales pour ralentir la myopie est dû à son profil optique. Le design optique des lentilles bifocales comporte une portion centrale destinée à la correction de la vision de loin, et une portion périphérique destinée à la correction de près. Ce profil optique ressemble à celui des lentilles rigides de nuit utilisées en orthokératologie et semble ralentir l’évolution de la myopie de moitié.

Des collyres peuvent-ils ralentir la myopie ?

Les collyres sont des substances médicamenteuses sous la forme de gouttes à appliquer dans l’œil, au niveau de la conjonctive, la zone blanche de l’œil. Les collyres formulés à base d’anti-muscariniques se caractérisent par la combinaison d’une dilatation de la pupille et d’une paralysie partielle ou complète de l’accommodation. Le collyre à l’atropine et la pirenzépine provoque une paralysie de l’accommodation et une dilatation de la pupille.

Les médicaments anti-muscariniques topiques sont efficaces pour ralentir la progression de la myopie chez les enfants. Cependant, ces collyres ne sont pas prescrits en routine pour ralentir la myopie, car ils génèrent certains effets indésirables parfois prononcés :

  • Une photosensibilité en raison à la dilatation de la pupille qui a pour conséquence une illumination excessive de la rétine.
  • Une perte de la vision nette de près due à la réduction de l’accommodation cristallinienne.

Pour réduire les effets indésirables des collyres à base d’atropine, plusieurs concentrations ont fait l’objet d’un test.  Selon les tests, la concentration la plus faible testée était mieux tolérée cliniquement.

Ralentir la myopie par le plein air ?

Comme détaillé précédemment, l’environnement joue un rôle majeur dans le développement de myopie. Le nombre d’heures passées sur les écrans d’ordinateur, les téléphones intelligents et les jeux vidéo sont un des facteurs à prendre en compte. En effet, de nombreuses études associent l’exposition fréquente aux écrans à une longueur axiale plus élevée. L’allongement excessif de l’œil étant le principal facteur anatomique responsable de la myopie, la corrélation entre le temps croissant passé sur un écran et le trouble visuel peut être établie.

Bien que la pratique de sports ou d’activités de plein air a été identifiée comme un facteur préventif de l’incidence de la myopie, passer du temps à l’extérieur une fois le trouble installé ne permet pas de ralentir la myopie. Aussi, le rôle de la lumière extérieure dans la baisse de progression de la myopie reste encore flou.

Aujourd’hui, les stratégies visant à ralentir la myopie sont encore incertaines à moyen terme. Ces techniques doivent faire l’objet d’études complémentaires afin de confirmer leurs bénéfices réels pour ralentir la myopie.